Perturbateurs endocriniens: ce qu'il faut savoir

C’est quoi des perturbateurs endocriniens?

Ce sont des substances chimiques susceptibles d’influencer le fonctionnement de nos glandes endocrines, ces glandes internes qui sécrètent les hormones de notre système hormonal. Il s’agit de colorants, conservateurs, parfums, souvent destinés à rendre les produits plus séduisants. On les trouve dans l’alimentation, les cosmétiques (bisphénol A, phtalates…) et le mobilier de maison (retardateurs de flamme censés prévenir les incendies). Ils sont présents aussi dans les pesticides (atrazine, malathion…) et certaines plantes (phyto-œstrogènes du soja ou de la luzerne…). Comme nos hormones régulent plusieurs grandes fonctions physiologiques : la croissance, le développement cérébral et sexuel, le métabolisme des graisses, la reproduction… on s’inquiète de plus en plus de l’influence de ces produits sur notre santé. Maintenant sensibilisés à ce problème, les industriels tentent de les supprimer peu à peu.

Qui est concerné par leur présence?

Nous le sommes tous, mais le fœtus – via sa mère -, le jeune enfant et l’adolescent le sont encore plus. Car notre corps est plus sensible aux perturbateurs endocriniens au cours de la vie fœtale, des premières années de vie et de la puberté. Il s’agit de périodes charnières du développement, où les hormones jouent un rôle très important. La contamination des enfants pourrait même commencer avant leur conception : « Si la mère est exposée à des perturbateurs endocriniens dans les quatre ou cinq mois précédant la conception, ces produits peuvent s’accumuler dans ses graisses, puis passer dans le sang du fœtus lors de la grossesse… », explique le Pr Patrick Fénichel, endocrinologue.

Quels risques sont suspectés pour les enfants?

L’exposition de la femme enceinte aux perturbateurs endocriniens pourrait augmenter le risque de fausse couche, de naissance prématurée et de petit poids de naissance. Ces produits pourraient aussi nuire au développement cérébral du fœtus, et induire déficit de l’attention, hyperactivité et autisme. Chez la petite fille, ils sont suspectés de favoriser une puberté précoce (avant l’âge de 8 ans). « Une de nos études a montré que la puberté précoce survient dans 75 % des cas dans un contexte de contaminations par les perturbateurs endocriniens », précise le Pr Charles Sultan, pédiatre endocrinologue. Chez le garçon, les perturbateurs sont soupçonnés d’induire des malformations génitales (absence d’un ou des deux testicules…). Enfin, l’exposition lors des premières années de vie augmenterait le risque de développer d’autres troubles plus tard.

Que craint-on chez les adultes?

Chez l’adulte, les perturbateurs endocriniens sont suspectés de favoriser certains cancers dont la fréquence augmente depuis cinquante ans : cancers du sein, de l’ovaire, de la prostate, de la thyroïde… Ils pourraient aussi expliquer l’explosion de l’obésité constatée depuis quarante ans, et augmenter le risque de diabète. D’après l’OMS (Organisation mondiale de la santé), cette maladie pourrait voir son incidence doubler d’ici 2030, avec 330 millions de personnes touchées, contre 183 millions aujourd’hui. Enfin, les perturbateurs endocriniens pourraient favoriser l’infertilité. Ce trouble concerne désormais plus de 10 % des femmes en âge de procréer. Et, dans certains pays, jusqu’à 40 % des hommes ont un sperme de piètre qualité.

Qu’ignore-t-on encore?

Si plusieurs travaux indiquent – fortement – que les perturbateurs endocriniens sont toxiques, il manque encore des preuves formelles de cette toxicité. De plus, les scientifiques ignorent à partir de quelle dose chacune de ces substances devient toxique. Il manque aussi des éléments pour hiérarchiser les risques de chacune d’elles. On ne sait pas non plus très bien comment l’association de différents perturbateurs majore les risques. Enfin, tous les produits à risques ne sont pas encore identifiés, ni toutes les sources possibles. D’autres recherches sont donc nécessaires. Cela dit, « au vu des données disponibles, le principe de précaution doit s’appliquer dès maintenant », insiste Philippe Perrin, éco-infirmier.

Comment réduire l’exposition liée à l’alimentation?

« Chez tous, et surtout chez la femme enceinte, privilégier les aliments bio, conseille le Pr Sultan. Éviter les barquettes alimentaires à réchauffer au micro-ondes, car leurs contenants peuvent renfermer des phtalates et du bisphénol S ou F. Idem pour les pizzas ou les frites à emporter, servies dans du carton. Modérer la consommation de poissons gras (thon, saumon…), qui peuvent contenir des perturbateurs endocriniens (métaux lourds, PCB…) : pas plus de deux ou trois fois par semaine. Préférer les bouteilles d’eau minérale en verre à celles en plastique… »

De manière générale : « Apprendre à repérer les produits contenant des perturbateurs endocriniens, notamment parmi ceux utilisés tous les jours », ajoute Philippe Perrin. Les étiquettes des produits mentionnent la présence de phtalates, de bisphénol S ou de E320 (perturbateurs endocriniens majeurs dans l’alimentation). Cependant, il n’existe pas de liste exhaustive des substances à éviter. De plus, un perturbateur peut avoir plusieurs noms. Par exemple, le E320 (conservateur) est également dénommé butylhydroxyanisol, hydroxyanisol butylé ou encore BHA.

Comment éviter les autres sources?

Pour les cosmétiques, « opter pour les ­produits bénéficiant du label éco- ou biocosmétique. Éviter les déodorants aux sels d’aluminium?; les colorations chez la femme enceinte?; le vernis à ongles chez les petites filles; les lingettes et les produits de change pour bébés; le parfum chez la femme enceinte, l’enfant et le bébé, conseille Philippe Perrin. Côté médicaments, ne pas abuser de l’aspirine, du paracétamol ou des antalgiques. Éviter les crèmes solaires avec filtres chimiques. Choisir les shampooings antipoux avec film gras. Chez soi, bannir les meubles avec retardateurs de flamme (leur étiquetage est en cours), les parfums d’intérieur, le tabac et aérer au moins 10 minutes par jour. Enfin, au jardin, éviter les pesticides et les herbicides. »

Pesticides : comment choisir ses fruits et ses légumes?

A surveiller

Limiter la consommation de ceux qui ne sont pas bio ou issus d’un potager naturel. Par risque décroissant : fraise, épinard, nectarine, pomme, pêche, poire, cerise, raisin, céleri, tomate, piment doux, pomme de terre.

À privilégier

Le moins chargé en pesticides est l’avocat, suivi de l’ananas, du chou, de l’oignon, de l’asperge, de la mangue, de l’aubergine, du melon et du kiwi.

Source : Environmental Working Group.

Phtalates

Ils sont souvent utilisés comme plastifiants dans :

– les emballages alimen­taires (bouteilles…);

– de nombreux cosmé­tiques (vernis, laques…);

– les objets en plastique (ustensiles de cuisine…).

Paraben et phénoxyéthanol

Ils sont souvent présents dans :

– les cosmétiques;

– les lingettes de toilette pour bébé…

Bisphénol A

On peut le trouver dans les contenants alimentaires :

– les canettes de soda;

– certaines boîtes de conserve;

– certains embal­lages en plastique…

Plus d’infos

Pour en savoir plus

Principales substances à risque dans les cosmétiques

appli Clean Beauty (infos sur les ingrédients).

Carte de la qualité de l’eau en France,pour savoir si on peut boire l’eau du robinet

Recommandations du ministère de la Santé :

Recommandations_aux_femmes_enceintes_et_aux_parents_de_jeunes_enfants.pdf

Nos experts

Pr Patrick Féniche, endocrinologue spécialiste du diabète et de la reproduction, au CHU de Nice, chercheur, à l’Inserm

Philippe Perrin, éco-infirmier, directeur, de l’IFSEN (Institut, de formation en santé environnementale), à Annemasse

Pr Charles Sultan, pédiatre endocrinologue, spécialiste des maladies de l’environnement, au CHU de Montpellier

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